• La nuit a été courte, encore une sacrée échaudée qui m’a tenue éveillée et m’a laissée trempée. Et le rossignol a chanté, mes hôtes m’avaient prévenue, « Au milieu de la nuit… ». Ainsi là-bas en ce pré, cette étrangeté, c’était le rossignol.

    Ils se sont levés si tôt, pour partager avec moi le petit déjeuner. Mon sac est plein des victuailles préparées par Dominique. Dans la poche, j’ai un "crobar" pour me rendre au presbytère, là, je devrais être accueillie pour la nuit prochaine.



    Plus tard, elle découvre des pochettes rafraîchissantes, à coté du jambon et autres gâteries. Sa mère est comme ça, ne laissant rien au hasard, cherchant à combler tous les vides, et tellement malheureuse de ne pouvoir le faire. Ça fait étouffement !

    Son passage, en pareille équipée, réveille… Dominique a dit, dans la soirée : « J’étais dans le jardin, et j’ai vu au loin un point bleu, cela avançait si lentement. » Dès ce moment là, son corps vibrait au rythme de la fatigue, de cette évidente vulnérabilité. Comme il est difficile de recevoir de plus petit…

    La pélégrina se dit qu’il faudrait, ne pas les décevoir, se laisser faire, mais en même temps sentir si fort le désir de maîtrise derrière ces "bonnes intentions". Ah, quelle complication, ça fait des nœuds, inextricables ! Trop près, trop loin fredonne la rengaine.

    Mais quand même en cet instant, c’est en elle la confusion, elle se dit qu’elle doit être bien fatiguée. Alors, à une halte qui s’imposait, elle s’endort.

     


    C’est la première fois que le sommeil me prend ainsi, au bord de la route. Qui veille alors ?

    Cette sieste m’a fait un bien fou, je suis comme neuve et c’est avec entrain que je débarque à La Souterraine.

    C’est la première fois, aussi, que j’ai l’idée de laisser mon sac pour visiter la ville. Je l’ai confié au café près de la porte St Jean.

     

    Une vierge en majesté trône au dessus du portail latéral de l’église. Une église étroite, haute, et tellement sombre, on dirait une tranche d’obscurité dans la lumière du jour, souterraine en plein ciel.

    La porte de la crypte reste cachée. Je ne me décide pas à demander au passant, la fatigue reprend ses droits et appesantit mes pas, je retourne chercher mon sac. Je sors le crobar. Je ne trouve pas la rue, incapable de m’orienter et de me renseigner.

    Un pépé me fait remarquer que je me promène avec toute ma maison sur le dos. Comme la tortue en question, je rentre dans mon antre, et décide de rebrousser chemin en direction du camping que j’ai vu indiqué à l’entrée de la ville. Lourde de ces pas, sans pensée, j’avance et arrive, enfin, au camping.


    Au bord d’un lac, tout près de la tour Bridier, là serait un souterrain menant à la crypte…

     


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  • Grande forme en ce matin ensoleillé, la nuit a été bonne. Le sac si léger et je découvre un réglage des bretelles qui apporte du confort.

    Les paysages sont très beaux du coté de Cruzon. Ça grimpe, mais, comme si des ailes m’avaient poussé, comme si les forces qui travaillent à ces formes profondes agissaient en moi...

    Dans la côte qui mène au village, des cyclistes me doublent lentement, ils ne semblent faire aucun effort. Cela s’appelle mouliner. D’où vient cette expression ? J’en sais rien, mais il suffit de les voir pratiquer pour savoir qu’ils moulinent. Certains moulinent avec beaucoup de sérieux, ces cyclistes là sont très joyeux. Ils se sont arrêtés près de l’église pour pique niquer. Ils sont hollandais et partent pour Compostelle.

    Je suis émue de rencontrer ces premiers pèlerins, eux sont surpris : « A pieds ? Toute seule ? ».

    Souvent on m’interroge à ce sujet, cela intrigue, et occasionne beaucoup de remarques. Le plus souvent on me dit inconsciente, comme si je m’étais inconsidérablement ma vie en danger.

    Je ne me sens pas en danger. Parfois il est là, si près, et met tous mes sens en alerte, et c’est bien. Parfois, je fréquente mes vieux démons, et c’est bien. Mais ce qui m’a mise en marche est en moi, une présence, une confiance absolue. C’est la première fois dans cette vie, que l’Action est. Elle a pris les devants, moi, je suis, j’écoute, j’apprends, je révise. Il ne peut rien m’arriver de mauvais, juste ce qui doit se faire.

    Impossible à expliquer cette alchimie, et cela me fait bien des regrets, comme un fossé entre eux et moi.

     

    Ici, la clef de l'église est à l’épicerie. Il y a tant d’églises qui restent fermées au passant. Et pourquoi sont elles fermées ?

    "A cause du vandalisme", me répond-t-on. Hommes de peu de foi ! Maison de dieu, avez-vous dit, et vous avez peur des voleurs ! Vous vous racontez des histoires auxquelles vous ne croyez même pas ! Vous avez le christ à la messe et vos vies dehors. Il n’y a que des enfants, des innocents, pour vivre au cœur de Jésus. Ceux là ne grandiront jamais tout à fait comme les autres.

    Enfin, ici les clefs sont à l’épicerie, et la bonne femme m’a remis une notice de renseignements pratiques sur le chemin de Compostelle dans le Limousin. C’est une bonne idée, je remercie.

     

    En quittant la ville, elle s’est trompée de chemin. Elle a monté la côte, là où il fallait la descendre. Mais rien ne peut entamer l’allégresse de cette journée en tant de beautés.
    Elle décide de demander un coin pour planter la tente, à la Chapelle-Balou. Pour ce genre de démarche il ne faut pas réfléchir, et, oser dés l’entrée du village.

    Une femme est dans la cour, un panier à la main, elle semble hésiter :

    « Un coin pour planter la tente ? Ça peut se trouver… Et un bon lit, avec des vrais draps ? »

     

    Pendant que Dominique prépare le repas, Michel lui fait visiter la chapelle du château. Ils ont été aussi au calvaire près du cimetière, il y a en cet endroit une très belle croix biface et un autel en granit.

    Il est heureux de partager, il a fait de longues recherches, passionné d’histoires, de généalogies, d’art, de vieilles pierres…

    Elle se traîne, mais l’écoute avec attention. Les traces du passé, elle s’y intéresse, elle les contemple, les frôle, les renifle, elle s’imagine pouvoir y trouver une réponse, convaincue que ces dresseurs de pierre, ces tailleurs, ces bâtisseurs, avaient percé quelques secrets qu’ils auraient enfouis dans la roche.

    Parfois, une émotion, une vibration, et c’est comme si c’était tout à coup vivant en elle.

    Cet intérêt a du commencé avec la cathédrale de Chartres, Chartres où elle est née. Il a du s’éveiller à l’atmosphère sombre, humide, si particulière de ce gros ventre, à cette architecture à l’assaut du ciel, aux énergies si particulières de cet endroit.



    Jusque tard dans la nuit nous avons discuté, et puis Dominique veut m’accompagner en voiture, jusqu’à Bénévent L’Abbaye. Elle dit que La Souterraine n’est pas une ville sûre, qu’il faut l’éviter.

    Je refuse. Elle ne comprend pas lorsque je tente de lui expliquer, que ce soir je remercie pour tout ce qu’ils m’ont offert de si bon cœur, mais que demain, je dois reprendre mon bâton. Elle me dit que le chemin c’est aussi se laisser prendre en charge, Michel reste silencieux. Je suis lasse, je ne veux pas me justifier. Alors, je ne dis pas que La Souterraine, j’en ai rêvé en consultant un guide avant de partir.

    Il y avait une photo de l’église, qui m’a semblé fort belle, et puis le site aurait gardé des traces de l’époque gallo-romaine. "Quand j’en serai là…"  Je n’y croyais pas, pouvoir faire ce long chemin... J’y suis, et rien ne me fera manquer ce rendez vous avec mes doutes réduits à néant.

    J’ai dormi dans la chambre de Dominique et de Michel, il n’était pas question de refuser...

     


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  • La nuit a été très froide et ce matin tout est mouillé de rosée. J’ai utilisé la terrasse du restaurant pour y sécher un peu la toile.


    Chaleur et sac trop lourd, je peine.

    A Cluis, j’ai fait beaucoup d’achats, la peur de manquer, demain nous sommes lundi. Sur le chemin, les conséquences n’attendent pas, aussi rapide que le boomerang !

    Je m’arrête pour casser une petite croûte, ce sera toujours ça en moins à porter. Et puis je m’en vais avec mon gros sac, sous un soleil éclatant, échauffer mes pieds en direction du camping de St Plantaire.

    Et de me dire qu’on ne m’y reprendra plus à cet excès de zèle au service de la peur, et de me dire que je n’ai rien compris, rien appris, alors qu’il y a une semaine j’ai reçu un repas auprès de deux amis, et que ce sac était si léger, et de me dire que la confiance ça s’apprend pas, elle est là, où elle n'est pas, et même qu’avoir confiance c’est tout dans le lâcher prise, qu’en réalité le bon et le mauvais me tombent dessus, juste ne pas résister.


    A Orsennes, l’église était ouverte, si fraîche. L’abondance de possibilités pour s’asseoir m’a donné des regrets de devoir continuer la route.

    - Pauvre enfant, pauvre cervelle égarée ! Des regrets pour ces bancs !

    - Parfaitement ! Comment je fais, moi, avec ce sac que je dois poser pour pouvoir le remettre, et comment je fais, quand il n’y a que le sol si bas ? Je suis fatiguée.

    - Si tu es fatiguée, arrête-toi !

    - Fais pas chier ! J’en ai marre de tes leçons ! La fatigue, c’est plus fort que ça, la fatigue c’est justement ne plus savoir quoi faire. C’est comme la misère, ça rend incapable d’aimer. Ça tu ne peux le comprendre que si tu vas dans le pétrin, jusqu’au bout de tes forces, là où il n’y a plus que toi en face de toi. Alors, laisse-moi, faire ce qui se doit.

    Et la voilà repartie, avec son gros sac sur le dos et ses pieds…


    Arrivée à St Plantaire, je fais une pose dans un abri bus, pour le siège et l’ombre. Quelque chose me dit qu’il n’y a pas de camping, en cette ville.

    A un carrefour, un café-restaurant-hôtel, je demande pour le camping. Encore 5 km ! Impossible, je ne peux plus. C’est combien pour la nuit ?

    C’est pas cher, c’est sympa, à coté de l’église de St Plantaire, là où j’ai commandé mon miracle, j’ouvre l’enveloppe "Mamy-Papy".

     

    L’église est fermée. Je prends un apéro à la terrasse où discutent des habitués. Je les questionne sur ce St Plantaire. On me dit qu’il s’agit, en fait, de Pantaléon. On me répond par politesse, le sujet n’intéresse pas, je laisse tomber. Les conversations repartent bon train…

    Je suis bien, bercée par les mots, les voix, des vibrations. Il n’y a que les pieds pour me sortir de cette douce léthargie. « St Plantaire, Pantaléon, peux tu quelque chose pour ces pauvres moignons ? ».


    Les pensées passent, il est l’heure d’aller se glisser dans ce lit douillet.

     


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  • Pour la première fois, je me suis perdue. En quittant Montgivray, j’ai fait 5 km pour me retrouver à mon point de départ, alléluia !

    Il fait beau, hier était la seule journée de pluie, alléluia !

    J’ai perdu une de mes chaussettes à 70 Frs, alléluia !

    Les commerces sont tous fermés, je n’ai pas pensé qu’aujourd’hui c'est férié, plus rien à manger, alléluia !

    Il y a enterrement à l’église de Neuvy Saint Sépulcre que je voulais visiter, alléluia ! 

    Pauvre petit singe, le voilà qui s’excite contre les barreaux de sa cage. Plus d’espace, plus de joie, tout à la confrontation du désir. Quel désir ? Le désir confus, sans objet, toujours contrarié. Il est mauvaise humeur, quoi qu’il en soit. Il se fait résistance, arrogance, dans un face à face mortifère. Cela s’auto-alimente, et ainsi est sans fin, sauf, à ce que quelque chose se décide à céder.

    Elle attend, dans l’unique café, la fin de l’enterrement, elle les observe papoter comme si de rien n’était. Sûr, cela ne les concerne pas, c’est la mort d’un autre, d’un plus vieux qui attendait sa fin, ils peuvent continuer à durer.

    Elle entre finalement dans l’église. Celle-ci a été construite à la commande d’un croisé à son retour de Terre Sainte, circulaire comme le Saint Sépulcre de Jérusalem. Un cardinal y aurait déposé une relique du sang du christ, c’est alors devenu un lieu de pèlerinage. Le sang du christ, quelle folie !

    Là au centre, dans un cercueil en verre, Il gît sans vie. Une nausée lui soulève le cœur : « Que fais tu là, Rabi, mon pauvre ami ? N’ont-ils pas dit que tu étais ressuscité, pourquoi, te présenter en cette condition ? Tu leur sers d’alibi, c’est sûr ! Ils profitent de ton silence depuis que tu n’as plus de grandes colères pour leur dire leurs quatre vérités. Que tout cela est laid ! »

    La voilà vide, elle peut poursuivre son chemin.


    A Mouhers, charmant petit village, j’ai pris une collation dans un restaurant, et me voici autorisée à planter la tente sur la pelouse. J’ai même accès à un point d’eau, et ça c’est un grand bienfait.

    Demain, je passerai à St Plantaire, à cause du nom et de mes voûtes plantaires. Les rafraîchir à l’air libre, n’apporte qu’un bref soulagement, et me fait perdre beaucoup de temps. Après tout, je ne risque rien.

    Voilà, la journée est finie, plus rien à faire, plus de pensées, plus de tension, le sommeil descend au rythme du grand astre se fondant à la ligne d’horizon, doucement, doucement…

     


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  • Un orage dans la nuit, le linge que j’avais lavé hier soir et mis à sécher dehors est trempé. Rester une journée de plus ? C’est décidé, mais pour autant mes nippes pourront-elles sécher avec la grisaille qui persiste ?

    En attendant, je découvre le lieu. Pour voisin, un drôle de personnage qui habite dans une caravane délabrée avec un chat et tout un bazar.

    Ce matin, dés l’aube, il a entrepris je ne sais quelle tâche avec entrain, entrant, sortant de son logis, en claquant la porte. Il va et vient avec bassines, bouteilles et casseroles en chantant à tue tête des airs qui s’envolent haut, haut, on dirait une tyrolienne.

    Il a un fort penchant pour le bavardage, il est là debout, sans fatiguer, que l’autre soit assis ou qu’il vaque à ses occupations, rien ne semble le décider à lâcher ses "proies". De loin, c’est amusant. Cela le serait beaucoup moins s’il lui prenait l’idée de venir me tenir compagnie. Mais il m’ignore et je reste spectatrice.

    La gérante du camping me dit que les gens se plaignent et qu’elle ne gardera pas ce client si particulier. Ah, tout ce qui est différent est rejeté, nous voici ainsi fait, ne surtout pas être dérangés. Une petite voix me chuchote : « Et toi, et toi… »

     

    Je décide de retourner en ville pour sécher mon linge bien rincé dans un lavomatique.
    Rue St Jacques, ce n’est pas une blague, j’en trouve un. Deux petites vieilles sont assises bien sagement devant les machines, et un haut parleur déverse un chapelet, non pas d’horreurs, mais de prières !

    Le mystère étant ce qu’il est, je n’ai demandé d’explication, ni aux grand- mères, ni à la patronne du lieu, pas même à dieu. J’ai séché mon linge et m’en suis retournée au camping, bien décidée à tailler une bavette avec la Tyrolienne.

     

    Là, où il y avait un navire mis en cale, il n’y a plus qu’un rectangle jaune. Ils l’ont viré le joyeux, le bavard. Le spectacle est fini, tout est rentré dans l’ordre, monotone.

    Qu’importe, demain je reprends le chemin, je ne saurai plus rien de ce qui s’est trouvé rétabli ici. Sur la route, c’est le nouveau qui se présente à chaque instant, plus profond que la fatigue, "ça" marche d’un pas paisible.

    La nuit approche doucement …

    - Le chemin, n’est il pas ton maître ?

    - Il guide, montre du doigt… oui, tu es tout cela. Dis-moi, pourquoi, bats-tu mes pieds ? Pourquoi cette chaleur qui n’en finit pas de quitter par tous les pores de la peau quand le corps cherche repos ?

    - Laisse-toi porter par le chemin.

    - Pour le moment c’est moi qui porte et c’est dur !

    - Ecoute : Laisse toi porter …

    Le cœur se remplit de joie, tout est là à sa juste place.

     


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  • Une plainte déchirante dans la nuit. Cela vient du bois. Impossible de reconnaître ce qui se passe là. Je suis restée attentive au moindre souffle jusqu’au petit matin, puis me suis endormie pour un court moment, alors il a fallu se lever.


    La marche est difficile, le manque de sommeil, bien sûr, mais aussi, ce cri resté au creux de mon ventre et son écho monte et me noue la gorge.

    Un peu avant Châtres, je m’arrête aux abords d’un château. Il est habité, et l’entrée du parc est signalée par diverses interdictions et menaces, aussi celle d’un chien méchant qui monte la garde.


    Les chiens, en voilà un sujet d’angoisse. Avant même que le danger se présente, l’idée de ce qui pourrait se passer. Il y a quelques jours, une véritable panique, alors qu’un boxer s’acharnait sur la clôture pour me rejoindre.

    Je ressassais cet événement, assise sur un gros rocher, lorsque deux furies ont surgi. J’ai bondi sur mes deux pieds, j’en aurai eu quatre j’aurai bondi sur les quatre, j’en aurai pas eu du tout j’aurai bondi quand même. Elles se sont jetées sur moi… ardentes de tendresse, joyeuses, joyeuses. De boue et de baveuses léchouilles elles m’ont sali les mollets et le caleçon tout propre. Aucun soulagement à les trouver aussi inoffensives, aucun humour devant le constat que les propriétaires du château ont bien mal choisi leurs molosses.

    Malgré tous leurs efforts pour m’entraîner dans leur folle cavalcade, je me renfrogne de plus en plus, perdant un temps considérable à trouver une solution pour me débarrasser d’elles.


    L’arrivée à Châtres, alors qu’il est l’heure de manger, est laborieuse. Les quartiers périphériques sont toujours longs à traverser, on croit avoir atteint son but mais il reste toujours plus d’effort qu’on ne le pense.

    Alors, je m’offre un repas au restaurant. Et bien que le patron ne soit pas aimable, et le steak très moyen, je passe un moment agréable à la terrasse.

    Je reconnais Châtre, en franchissant le pont de la ville basse, sans me souvenir de l’époque où j’y serais venue. Visite du musée de George Sand, les pieds nus. Je suis seule, à déambuler en ce lieu. Le carrelage est si froid qu’il faut rechausser.

     

    Quelques achats, j’ai même trouvé une nouvelle cartouche de gaz. Mon accoutrement intrigue dans ces petites villes bourgeoises, je ne m’attarde pas, je file vers le camping où je pourrai passer la nuit et laver le linge.

     


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  • Au petit matin, la cape laissée dehors, suspendue à une branche du tilleul, était coupée net, un danger aura passé tout près.

    Elle a repris la route, et n’y a plus pensé.


    "Il vaut mieux manger son pain noir avant son pain blanc". C’est ce que tu répétais, si souvent, ma tante. L’enfant aimait ces mots, promesse d’une récompense puisque le pain noir nous le mangions, et puis tu les disais avec tellement d’entrain.
    Trahison, ma tante, mensonge que cela !

    Tout est là, notre résignation à subir, la confusion de nos esprits, la persistance de l’illusion, notre fuite en avant. Sous cette prétendue sagesse, l’arme fatale, celle qui mène du fol espoir à la désespérance. Comme si quelque chose pouvait être définitivement acquis ! Il n’en est rien, pain noir et pain blanc se succèdent dans cet état d’impermanence.

    Ainsi, il en va de, marcher, s’arrêter pour se reposer et encore marcher. Inutile de se lamenter devant la route droite à n’en plus finir, se laisser pénétrer par ce rythme lent, ne pas se séparer.

    Et puis… ces étincelles : la dame du bistrot n’a pas voulu que je règle le café, comme ça… Comme si ce n’était pas elle et que ce n’était pas moi, comme si quelque chose de définitivement beau pouvait exister.


    Chateaumailland. L’église est belle, elle résonne aux battements du cœur. Intense émotion devant une vierge du rosaire, une vague qui prend, emporte et redépose, les yeux plein de lumière.

    Au presbytère, elle est accueillie par un père d’une communauté dont elle ne retient pas le nom. Il lui offre du café, de la compote de rhubarbe tellement rafraîchissante. Il lui parle d’une voix douce et chaleureuse, les mots ne laissent aucune trace en son esprit, tout son être est à l’écoute. Dans une si grande intimité, cet homme la pénètre en quelques "secrets". Elle ne veut pas, pas encore…

    Il a proposé le gîte et le couvert, elle a refusé, prétextant qu’il était trop tôt pour s’arrêter. Il lui faut poursuivre son chemin.

     

    La ville, je l’ai traversée sans même m’en rendre compte, et me voici dans les faubourgs sans eau, sans pain, sans soupe.

    J’ai continué comme ça, jusqu’à 19h. Arrêt entre Chaume de Bois et Montlévicq. Dans cette campagne, largement ouverte, de champs et de prés, m’en suis allée vers un petit bois qui pourrait offrir un abri. Dès que je franchis la lisière une atmosphère lugubre me tombe dessus, ce n’est que désolation en cet endroit sombre, comme si des bêtes féroces avaient dévasté.

    Je m’éloigne et monte la toile sur le chemin, espérant qu’aucun engin n’aura besoin de passer par là.

     

    La vue s’étend en lignes courbes, au loin une ferme isolée. Dans la prairie, de jeunes bœufs sont venus se frotter le cuir aux troncs déracinés, puis ont disparu à la tombée de la nuit.

    Je suis seule maintenant.

     


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