• Il y a celui de la maison, au-delà les bruits du voisinage…

    Il est des maisons qui accueillent le silence, j’en ai connues, il a fallu les quitter. Ces maisons sont de vieilles pierres, entourées d’un grand jardin où la végétation est dense, de cachettes pour les enfants, de coins frais pour l’été. On s’y promène volontiers, regarder les arbres pousser et les fleurs s’ouvrir au petit matin, s’asseoir près de la margelle, se pencher au-dessus du puits. Le soir, le soleil vient caresser de ses longs cheveux, puis la nuit y murmure son chant profond.

    En cette maison, le silence s’est fait absence, il sonne comme du métal qui tombe sur le carrelage. Il parle d’un vide qui ne peut jamais se remplir. Alors, le laisser sortir de la maison, c’est facile, les fenêtres sont toujours ouvertes. Là il se remplit du chant des grillons et du parfum du jasmin, parfois des nuits torrides des crapauds, mais il ne devient pas encore familier.

    Il est des endroits particuliers, des endroits qui bruissent, j’en ai connus, il a fallu les quitter. Ils parlaient de ventres chauds, de sous-bois parfumés et habités, de rivières vivantes, de la plaine qui tremble sous le soleil de Juillet, et aussi au cœur de l’hiver, des embruns de l’océan. Ils parlaient de gothique, de roman, de ruelles aux pavés décousus, de vieux bistrots, de caves voûtées.

     C’est le ciel, vacuité, qui enfin l’accueille ce silence, il s’ouvre sur l’infini,  plus loin, plus définitif, sans désir de retour sur la douceur du souvenir.

     

    Déjà publié ici

     

     


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  • Un jour j’ai reçu une carte, une barque sur un étang

    Vide la barque, désert l’étang …

    La légende disait :

    « On ne quitte pas l’embarcation dans laquelle dieu nous a mis »

    Reproche, même pas déguisé, pour avoir quitté la grappe, je devrais dire le grenier, je viens du plat pays, grenier à blé de la France, la Beauce...

    Verte fut ma réponse :

    « Dieu que vous dites notre père à tous, serait-t-il assez fou pour mettre ses enfants dans un si beau jardin tout en leur interdisant de le découvrir ? »

     

    Aujourd’hui je sais derrière la critique, la souffrance

    Qui ne peut se dire, d’avoir vu partir…

    Que partir cela parle de la mort, et que la mort !!!

    Ce qu'ils peuvent en avoir peur de retrouver leur dieu là-haut.

     

    Mais aussi, cette barque glisse sans bruit

    Elle n’est plus d’un pays, d’une famille

    Elle porte le nom de «Chemin de vie »

    Aucun dieu ne décide de cela, cela se fait.

     

    Dans la paix du soir, voir prendre fin

    Ce qui faisait écartèlement entre ici et là-bas

    Je suis cela, qui entend le souffle du monde

    Des évidences, dans la nature, dans la voix de l’ami

    Et qui marche encore dans le monde des lamentations.

     


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  • Tu nous as quitté les enfants et moi, après de longs mois d’errance. Lorsque tu as tiré la porte derrière toi, j’ai su que cette fois-ci tu ne reviendrais pas. Et c’est soulagement que j’ai ressenti.

    Quelques jours plus tard, alors que les enfants étaient chez mes parents, me suis couchée en plein après midi tellement fatiguée. Seulement le lendemain en fin de journée me suis réveillée, j’avais dormi plus de 24h d’un sommeil profond, sans rêve, sans souvenir.

    Longue marche avec les petits, trouver du travail à Paris, un logement, tirer le diable par la queue, lutter contre le désespoir, être là pour eux.

    Vivre sans même le souvenir de toi, comme si tu n’avais jamais existé. C’était comme ça au fond de moi.

    Un jour tu es revenu, et là, j’ai appris que tu t’étais engagé à la légion étrangère. Je t’ai rencontré à Paris, je ne t’ai pas reconnu, tu étais arrogant, même pas seul, accompagné d’un autre légionnaire. Votre régiment avait défilé pour le 14 Juillet, tu en avais profité pour filer, et rentrer en contact.

    Tu voulais voir les petits, j’ai refusé, les protéger, de ce que je voyais là.

    Là, je ne t’ai plus aimé du tout.

    Tu es retourné à Calvi, tu as fait des jours de cachot, et tu as commencé à m’écrire, et deux mandats sont arrivés.

    Puis plus rien …

     

    J’arrivais de bonne heure au travail, ainsi le soir je rentrais tôt, chercher les enfants à l’école. J’étais encore seule dans le bureau lorsque le téléphone a sonné.

    Maman, voix sèche, me demandant, si dernièrement j’avais eu de tes nouvelles, pour m’annoncer que tu étais mort.

     

    Une émotion, fulgurante, terrassante. Suis revenue, d’un coup à ce temps, où je ne respirais qu’à travers toi, et je t’ai vu, avec ton grand manteau noir dans la cage de l’escalier à m’attendre. C’était à Alfortville où notre premier enfant est né.

    Souvenirs en cascade…

    Au début de notre relation, un après-midi, tu avais pris peur, que je ne te quitte avec ce bébé en mon ventre, tu étais là dans le couloir sombre à m’attendre. J’avais ri de tant d’inquiétude. Je t’avais pris dans mes bras et je t’avais consolé.

    Enfin, cela défilait comme happer par cette unique image de toi dans ton grand manteau, m’attendant…

    Et le trou que je sentais là, c’est elle qui le recevait, pas seulement pour ta mort, mais pour ce départ en un si grand désarroi.


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  • Ben, franchement si je croyais dur comme fer à un créateur, tout puissant dans les cieux, sûrement j'aurai vraiment peur... Encore que l'enfant défiait cet omniprésent, juge suprême.

     

    Oui, mais c'est parce qu'il y avait de la crainte et donc de l'injustice que l'enfant téméraire le toisait ainsi. Comment cette croyance a-t-elle pris fin ?

     

    Elle avait 11 ans, la sixième au collège, découvrir qu'il existait d'autres croyances, que des personnes croyaient à autre chose. Ils marchaient sur le feu, sans se brûler !!! Elle se hâta de rentrer et alla voir le père, elle lui confia sa surprise, toute innocente qu'elle était... le père avait eu jusqu'alors une place privilégiée dans son théâtre familiale. Mais là, franchement ! Il ne fut pas à la hauteur : « On doit croire sans poser de question, c'est ainsi que Dieu le veut ! »

    Oh putaing ! Elle n'a rien dit, mais... plus qu'une lézarde dans le mur qui avait été sans faille, cette brèche n'aura de cesse de s'agrandir...

     

    Ouverture mon amie, la confiance dans l'ouverture ! Ça c'est vraiment grand, infini parce que... jamais fini.

     


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  •  Il est possible que l'être humain soit naturellement raciste, agressif, possessif, et que cela ne soit pas naturel du tout d'être porté à accepter l'autre dans sa différence, quelle qu'elle soit.

    Un jour, j'ai découvert que dans ma famille on était raciste

    « Ton bicot ! »

    Cela parlait d'un correspondant algérien, avec qui j'entretenais par courrier une véritable relation depuis un long moment.

    Il y avait les mots, il y avait le ton, il y avait les rires de la fratrie à table, et mon effroi, les bras m'en tombaient vraiment.

     

    Déjà que ce n'était pas facile entre eux et moi, alors là...

    Avant je pensais que c'était à cause de ce que j'étais, découvrir que c'était à cause de ce qu'ils étaient, encore plus difficile à vivre.

    Alors ?

    Oui, accepter cet autre niveau de différence, puisqu'eux ne m'acceptent pas.

     


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  • Quand j'étais enfant, enfant de 10 ans peut-être

    Il y avait ce disque chez ma tante, où j'allais pour quelques vacances

    Impasse Bayen dans le 17 ième

    J'avais la liberté, souvent seule dans l'appartement au-dessus du garage

    D'écouter la musique sur le tourne-disque.

     

    Il y avait cette chanson de Berthe Sylva : Des roses blanches pour maman

    Y'avait rien à faire, à chaque fois que je l'écoutais cela finissait dans un ruisseau

    De larmes, et de gros sanglots à soulever le cœur, cœur trop lourd de toutes ces misères qui ne sont pas que les miennes, loin de là !

    Je me disais, je ne l'écouterai plus, voilà tout !

    Et puis, je me disais, allez essaye, cette fois-ci tu surferas la vague sans t'écraser

    Comme une grosse mouche à merde sur le gros pâté qui sent pas bon

    Rien à faire ! Et c'est pas aujourd'hui que je l'écouterais parce que...

    Elle est là, cette émotion si puissante retenue dans cette humanité

    Qui tarde à naître, à renaître, qu'il y a les enfants qui meurent de faim

    Et ceux qui ne connaissent plus le goût des choses

    Etc, etc.

     

    Alors surfeuse que fais-tu là ?

    Je ne sais pas... C'est plus fort que moi... Je pourrais prétexter la fatigue, mais ce n'est qu'un prétexte. Vois-tu je pense que c'est une tournante, un travail en équipe, à chaque instant quelques uns sont sollicités pour prendre en soi, cette émotion qui fait son sillon.

     



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  • Le chantage à l'amour

    C'est quelque chose...

     

    Ça s'est présenté comme une timidité, maladive, heureusement non diagnostiquée !

    L'enfant ne se plaignait de rien, ne refusait pas de descendre à la cave, ne disait rien de la peur qui l’étreignait, elle descendait, voilà tout.

    Peur de l'autre, instinctive, et faire avec. Refuser de dire Bonjour, et ça faisait des drames, faire avec.

    Non pas conjuguer, non pas se soumettre, réellement faire avec. Ce n'est pas moi qui changeait, ce n'est pas eux qui changeaient, ce n'est pas la peur non plus, rien à changer en vérité.

    Comprenne qui pourra, pas la raison en tout cas !

     

    Chaque chose à sa juste place.

    Les pièces qui s’emboîtent, circulation d'énergie, marcher seule, et n'être point seule, être dans cette maison, ouverte de tous côtés...

    Il n'y a plus besoin de se protéger.

     


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